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        La Nouvelle-Aquitaine n’a pas besoin de deux millions pour faire du tourisme



        Il y a des moments où l’on se demande si, dans certaines salles de réunion, Internet n’a toujours pas été installé. 

        Voilà qu’on pourrait mobiliser 2 millions d’euros pour promouvoir le tourisme en Nouvelle-Aquitaine, comme si les voyageurs attendaient encore une brochure brillante pour découvrir nos territoires.

         Pourtant, sur Internet, des habitants, des photographes, des vidéastes, des guides, des restaurateurs, des associations et de simples passionnés racontent déjà la région 365 jours par an, souvent gratuitement, avec davantage de sincérité qu’une campagne institutionnelle calibrée au millimètre. 

        Le problème n’est donc peut-être pas de faire davantage de publicité, mais de savoir ce que nous voulons montrer. 

        Car derrière les cartes postales, il y a une réalité moins photogénique , des maisons à reconstruire, des territoires fragilisés, des sols abîmés, une biodiversité qui recule et des écosystèmes qui paient parfois très cher notre appétit touristique. 

        Un territoire détruit mais abondamment photographié reste un territoire détruit. 

        On peut bien publier mille images d’une rivière magnifique , cela ne remplacera jamais une rivière vivante. 

        On peut financer une campagne vantant les paysages , cela ne restaurera ni une zone humide ni une forêt. 

        Et pendant que l’on cherche le slogan qui fera venir davantage de visiteurs, certains habitants cherchent surtout les moyens de rester vivre chez eux dans de bonnes conditions. 

        La question mérite donc d’être posée sans détour , faut-il investir 2 millions pour faire venir davantage de touristes, ou une partie de cette somme pour rendre le territoire suffisamment beau, vivant et résilient pour que le tourisme ait encore quelque chose à raconter demain ? 

        Le tourisme ne devrait pas être une machine à remplir des hébergements jusqu’à saturation , il pourrait devenir un outil de préservation, de transmission et d’économie locale. 

        Soutenir les acteurs qui entretiennent les chemins, restaurent le patrimoine, protègent les espèces, valorisent l’agriculture locale, développent des mobilités douces et racontent leur territoire sur Internet serait peut-être moins spectaculaire qu’un grand plan de communication. 

        Mais ce serait autrement plus utile. 

        Car les touristes ne sont pas idiots , ils savent désormais chercher, comparer, regarder des vidéos, lire les avis, suivre des créateurs locaux et découvrir un territoire avant même d’y poser le pied. 

        Ils veulent de l’authentique, pas nécessairement une publicité avec trois drones, un coucher de soleil et une musique qui donne envie d’acheter une assurance-vie. 

        La meilleure campagne touristique reste peut-être un territoire qui fonctionne. 

        Une maison sauvée, une rivière restaurée, une forêt protégée, une plage préservée, un village vivant , voilà des images qui n’ont pas besoin de beaucoup de publicité. 

        Elles parlent toutes seules. 

        Alors, avant de dépenser 2 millions pour expliquer que la Nouvelle-Aquitaine est belle, commençons peut-être par investir pour qu’elle le reste. 

        Le véritable marketing territorial pourrait tenir en une phrase beaucoup moins coûteuse , « Venez voir, nous avons pris soin du pays. » 

        Et si, pour une fois, la politique touristique commençait non pas par attirer davantage de monde, mais par respecter davantage ceux qui vivent déjà là et le vivant qui les entoure ?

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