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        Guadeloupe - Nos enfants n’ont pas besoin de nos querelles, ils ont besoin d’un avenir.



        Guadeloupe : et si, avant de demander des comptes à la France, nous commencions par nous en demander à nous-mêmes ? 

        La Guadeloupe aime les grands débats. 

        Elle aime discuter de son histoire, de son identité, de la France, du colonialisme, de l’autonomie, de l’indépendance, du créole, des prix, des élus, des syndicats.

        Bref, nous avons une capacité remarquable à produire du débat. 

        Sur ce terrain-là, il faut bien reconnaître que nous sommes champions toutes catégories. 

        Mais une question mérite d’être posée, calmement, sans insultes et sans drapeau brandi au premier virage , sommes-nous capables de nous remettre nous-mêmes en question ? 

        Prenons d’abord la question du créole. 

        La langue créole est une richesse culturelle majeure de la Guadeloupe. 

        Selon l’Insee, 87 % des Guadeloupéens déclarent le maîtriser à l’oral et 73 % disent le parler dans leur vie quotidienne. 

        Il n’est donc évidemment pas question de mépriser cette langue, bien au contraire. 

        Mais lorsqu’on veut expliquer les difficultés de la Guadeloupe à l’ensemble de la France, il faut aussi se demander quel langage permet réellement d’être compris par le plus grand nombre. 

        Si nous voulons convaincre l’Hexagone, encore faut-il que le message puisse franchir l’océan. 

        Défendre le créole, oui. 

        Transformer la langue en frontière politique, non. 

        Car si un Français de l’Hexagone ne comprend pas ce que nous lui reprochons, comment voulez-vous qu’il comprenne ce que nous attendons de lui ? 

        On peut parfaitement parler créole à la maison, au marché, dans la rue, dans la culture, dans les médias et parler français lorsqu’il s’agit de porter nos revendications auprès de l’ensemble de la République. 

        Ce n’est pas une trahison culturelle. 

        C’est simplement de la communication. 

        Et communiquer, paraît-il, sert justement à être compris. 

        Voilà une invention moderne assez pratique. 

        😏 Ensuite vient une question beaucoup moins confortable , la responsabilité locale. 

        Nous demandons régulièrement à l’État davantage de moyens, davantage d’investissements, davantage de soutien, davantage de considération. 

        Ces demandes peuvent être légitimes et doivent être examinées sérieusement. 

        Mais une relation politique adulte suppose aussi de regarder ce qui fonctionne moins bien chez nous.

         Lorsque des affaires judiciaires mettent en cause des responsables publics, la réponse ne devrait être ni le silence, ni le réflexe consistant à chercher immédiatement un responsable ailleurs. 

        La justice doit faire son travail, les preuves doivent parler et les responsabilités individuelles doivent être établies selon les procédures prévues par la loi.

         C’est précisément pour cela que la transparence, l’intégrité et la confiance dans les institutions sont des enjeux démocratiques majeurs. 

        Le ménage politique ne devrait pas être un slogan , il devrait être une exigence citoyenne. 

        Et cela vaut pour tout le monde. 

        Élus, responsables économiques, syndicats, associations, citoyens , personne ne devrait bénéficier d’un passe-droit moral simplement parce qu’il appartient à « notre camp ». 

        Parce qu’au fond, le problème n’est pas de savoir si le responsable est de droite, de gauche, autonomiste, indépendantiste, centralisateur ou amateur de réunions interminables. 

        Le problème est beaucoup plus simple , que fait-il de l’argent public, du pouvoir qui lui est confié et des responsabilités qu’il a acceptées ? 

        Les Guadeloupéens ont parfaitement le droit de demander des comptes à Paris. 

        Mais ils doivent également pouvoir demander des comptes à Basse-Terre, à Pointe-à-Pitre, au Gosier, Lamentin, dans les collectivités, dans les organismes publics et partout où l’argent collectif circule. 

        Sinon, nous risquons de transformer la politique en gigantesque partie de ping-pong , Paris renvoie la balle à la Guadeloupe, la Guadeloupe la renvoie à Paris, et pendant ce temps, la balle ne construit ni école, ni entreprise, ni avenir. 🏓 

        La situation économique devrait d’ailleurs nous inciter à davantage de lucidité. 

        En 2025, l’investissement en Guadeloupe a encore reculé, pour la troisième année consécutive, tandis que les dépenses publiques d’investissement ont diminué de 9,1 % en valeur. 

        Le taux de chômage des 15-64 ans était par ailleurs de 24 % en 2023, contre 11,4 % en France entière.

         Ces chiffres ne racontent évidemment pas toute la Guadeloupe, mais ils racontent quelque chose , nous n’avons plus beaucoup de temps à consacrer aux querelles qui ne produisent rien. 

        L’argent public n’est pas un puits sans fond. 

        Les ressources ne sont pas infinies. 

        Et la France elle-même connaît ses propres contraintes budgétaires. 

        Imaginer que l’argent continuera éternellement à couler comme une rivière tropicale simplement parce que nous avons beaucoup de revendications serait une stratégie économique assez originale. 

        Même le Père Noël finit par vérifier ses comptes.
         
        🎅💶 Alors il faut peut-être changer de logiciel. 

        Le XXIᵉ siècle ne peut pas être géré avec les réflexes du XIXᵉ. 

        Nos traditions sont précieuses, notre histoire mérite d’être connue et notre identité doit être respectée.

         Mais une tradition qui empêche une société d’avancer devient une prison. 

        Se souvenir du passé est nécessaire , y habiter en permanence ne l’est pas. 

        Nos enfants ne vivront pas dans la Guadeloupe de 1960, ni dans celle de 1980, ni même dans celle de 2000. 

        Ils vivront dans une économie mondialisée, numérique, concurrentielle où les territoires qui savent former, produire, investir, exporter, coopérer et attirer les compétences auront davantage de possibilités que ceux qui passent leur temps à expliquer pourquoi les autres sont responsables de leurs difficultés. 

        La vraie question n’est donc peut-être plus  “Que doit encore faire la France pour la Guadeloupe ?”

         Mais aussi : “Que devons-nous faire, nous, pour que la Guadeloupe soit capable de construire son propre avenir ?” 

        Cela signifie lutter contre les pratiques douteuses lorsqu’elles existent, exiger de la transparence, contrôler l’utilisation de l’argent public, améliorer l’efficacité des institutions, soutenir les entrepreneurs, donner davantage de perspectives à la jeunesse, développer les compétences, renforcer les échanges avec la Caraïbe et regarder le monde non comme une menace permanente, mais comme un immense espace de possibilités. 

        Et surtout, arrêter de prendre les Guadeloupéens pour des « cabris » auxquels il faudrait servir éternellement les mêmes explications. 

        Plus les difficultés économiques s’installent, plus les citoyens deviennent attentifs aux résultats. 

        Le temps du grand discours sans preuve touche peut-être à ses limites. 

        Les histoires de pouvoir, les petites phrases, les querelles de personnes et les indignations théâtrales peuvent remplir une soirée de télévision. 

        Mais lorsqu’un citoyen regarde son compte bancaire, son enfant chercher un emploi ou son territoire perdre des investissements, il finit par poser une question beaucoup plus simple , où sont les résultats ? 

        Les accusations doivent laisser place aux preuves, les promesses aux bilans et les slogans aux solutions. 

        La Guadeloupe n’a pas besoin de choisir entre son identité et son avenir. 

        Elle peut conserver son créole, ses traditions, sa mémoire, sa culture et son histoire tout en devenant plus ouverte, plus exigeante, plus compétitive et plus transparente. 

        Demander à la France de se remettre en question est légitime. 

        Demander à la Guadeloupe de faire exactement la même chose l’est tout autant. 

        Et si nous commencions par cette petite révolution intellectuelle , ne plus chercher systématiquement le coupable chez le voisin, mais regarder aussi ce que nous pouvons améliorer chez nous ? 

        Parce qu’au bout du compte, ce ne sont ni Paris, ni Basse-Terre, ni les syndicats, ni les élus qui devront vivre avec les conséquences de nos choix. 

        Ce sont nos enfants. 

        Et eux n’auront aucune raison de nous pardonner d’avoir sacrifié leur avenir sur l’autel de nos vieilles querelles.

        Sources principales : INSEE, complétées par 8 années de terrain et de vie au quotidien aux côtés des Créoles, au plus près des réalités locales, de leurs préoccupations et de leurs quotidiens.


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