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        MARINE TONDELIER : QUAND LA CULTURE POLITIQUE SÈCHE LES COURS



        Il y a des interviews qui ressemblent à un examen oral. 

        Et puis il y a celles où le candidat semble découvrir le sujet en même temps que le jury. 

        La séquence consacrée à Marine Tondelier sur les anciens présidents de la Ve République appartient manifestement à la deuxième catégorie. 

        Pascal Praud a résumé l’affaire d’une formule particulièrement assassine .

         « Une séquence folle, elle ne connaît rien à rien ! » 

        Et voilà que surgit une question finalement assez simple , peut-on prétendre diriger un pays sans connaître un minimum l’histoire politique de ce pays ? 

        Attention, il ne s’agit pas d'exiger d’un responsable politique qu’il récite les dates de naissance de Pompidou entre deux cafés. 

        La politique n’est pas un concours de Trivial Pursuit, et l’on peut parfaitement être brillant sans connaître par cœur chaque réforme de la IVe République. 

        Mais lorsqu’on aspire aux plus hautes responsabilités, connaître les grandes ruptures de la Ve République n’est tout de même pas une option exotique. 

        Les présidents ne sont pas des figurants en noir et blanc rangés dans un album poussiéreux , leurs décisions ont façonné les institutions, l’économie, les libertés publiques, l’Europe et accessoirement, la France dans laquelle nous vivons aujourd’hui. 

        Le plus savoureux dans cette affaire est peut-être le contraste entre l’ambition politique et la faiblesse de la référence historique. 

        D’un côté, le discours se veut volontiers prophétique, grave, historique, parfois même apocalyptique , de l’autre, lorsqu’on ouvre le livre des décennies précédentes, on semble chercher la page Wikipédia avec le doigt. 

        C’est un peu comme vouloir devenir capitaine d’un navire en expliquant que l’on préfère ne pas trop regarder les anciennes cartes marines parce qu’elles sont imprimées en noir et blanc. 

        Marine Tondelier n’est évidemment pas la seule responsable politique à pouvoir être prise en défaut sur une question de culture générale. 

        La mémoire politique française ressemble depuis longtemps à une bibliothèque où beaucoup de responsables connaissent parfaitement la quatrième de couverture mais ont curieusement séché les chapitres. 

        Et c’est là que le sujet devient plus sérieux que la simple moquerie. 

        Car la culture historique n’est pas un accessoire mondain destiné à impressionner dans les dîners parisiens. 

        Elle sert à comprendre pourquoi certaines idées ont déjà été essayées, pourquoi certaines réformes ont échoué, pourquoi certaines institutions existent et pourquoi certaines batailles politiques reviennent, génération après génération, avec des costumes légèrement différents. 

        Même les adversaires politiques de Marine Tondelier devraient pouvoir reconnaître cela , connaître l’histoire d’un pays ne signifie pas l’admirer, encore moins l’approuver. 

        Cela signifie savoir contre quoi l’on se bat, ce que l’on veut conserver et ce que l’on souhaite changer.

         Autrement dit : pour déconstruire une maison, il est tout de même utile de savoir où sont les murs porteurs. 

        Le plus piquant est que les écologistes eux-mêmes revendiquent volontiers une responsabilité historique majeure face aux bouleversements contemporains. 

        Dans son discours de 2025, Marine Tondelier évoquait d’ailleurs une responsabilité « historique » face aux transformations politiques et environnementales. 

        Fort bien. 

        Mais l’Histoire possède une petite malice , elle exige parfois qu’on connaisse les épisodes précédents avant de prétendre écrire les suivants. 

        Sinon, la politique devient une sorte de série Netflix dont chaque saison recommence avec les mêmes personnages, mais où personne n’a regardé les épisodes précédents. 

        Et puis il y a cette étrange maladie contemporaine , confondre diplôme, communication et culture. 

        Avoir fréquenté une grande école ne garantit ni la profondeur intellectuelle, ni la mémoire, ni le jugement. 

        Inversement, un citoyen qui n’a jamais mis les pieds dans un amphithéâtre peut posséder une culture historique remarquable. 

        La véritable question n’est donc pas de savoir combien de bancs de faculté ont été occupés, mais combien d’idées ont été réellement assimilées. 

        Le diplôme ouvre parfois une porte , il ne meuble pas automatiquement la bibliothèque. 

        Voilà peut-être la leçon la plus intéressante de cette petite tempête médiatique , les Français ne demandent pas nécessairement à leurs dirigeants d’être des encyclopédies ambulantes. 

        Ils demandent surtout qu’ils sachent de quoi ils parlent. 

        Parce qu’à force de transformer la politique en concours de formules, de postures et de petites phrases, on finit par découvrir une chose assez embarrassante , sous le vernis du discours, il faut encore avoir quelque chose à raconter. 

        Et lorsqu’une génération politique prétend écrire le futur, elle devrait au minimum avoir ouvert le livre du passé. 

        Sinon, gare au paradoxe , vouloir changer l’Histoire tout en ne la connaissant pas. 

        Même le vieux professeur au fond de l’amphithéâtre aurait probablement levé un sourcil.

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