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        HORIZON, RETRAITE ET RETRAITE !



        Il était une fois un pays où il n’y avait officiellement ni gaspillage, ni gabegie, ni dépenses publiques mal maîtrisées, ni empilement administratif, ni privilèges à questionner. 

        Un pays merveilleux, presque mythologique. 

        Et dans ce royaume budgétaire parfaitement huilé, il restait pourtant un petit problème , les retraites coûtaient de l’argent. 

        Quelle découverte ! 

        La solution semblait donc toute trouvée , faire payer les retraités. 

        Pourquoi chercher midi à quatorze heures quand on peut directement regarder du côté de ceux qui ont travaillé toute leur vie ?

         Le raisonnement est d’une simplicité désarmante , si les comptes sont difficiles à équilibrer, demandons davantage à ceux qui perçoivent une pension. 

        Et surtout, évitons de poser les questions qui fâchent. 

        Combien l’État dépense-t-il réellement ? 

        Quelles politiques publiques sont efficaces ? 

        Quelles niches, exonérations ou dispositifs pourraient être réévalués ? 

        Où sont les doublons administratifs ? 

        Quelle organisation territoriale voulons-nous demain ? 

        Et surtout, quelles dépenses voulons-nous collectivement préserver ? 

        Ces questions sont moins spectaculaires qu’un grand discours sur « l’effort nécessaire », mais elles ont un défaut majeur , elles obligent à regarder la totalité du tableau. 

        Car une réforme des retraites n’est pas seulement une histoire de retraités. 

        C’est une question de démographie, d’emploi, de salaires, de productivité, de durée de cotisation, de niveau des pensions et de financement de la protection sociale. 

        Présenter les retraités comme la variable d’ajustement permanente revient à transformer une question collective en procès générationnel. 

        Les actifs seraient trop nombreux à payer, les retraités trop nombreux à recevoir , voilà une mécanique rhétorique bien pratique, mais terriblement réductrice. 

        Il faudrait donc choisir entre indexations diminuées, prélèvements supplémentaires ou report de l’effort sur certaines générations. 

        Mais curieusement, dans cette grande chasse aux économies, la question fondamentale demeure souvent en arrière-plan , quelle dépense publique voulons-nous pour quel service public ? 

        Car si l’on affirme qu’il faut demander davantage aux retraités, il faut aussi avoir le courage de dire pourquoi. 

        Et si l’on prétend que toutes les autres dépenses sont indispensables, il faut alors le démontrer chiffres à l’appui. 

        Sinon, le débat ressemble à une pièce de théâtre où le décor change, mais où le même personnage reçoit toujours la facture. 

        La retraite n’est pourtant pas un cadeau tombé du ciel , elle résulte de cotisations, de droits acquis et d’un pacte social construit génération après génération. 

        Cela ne signifie pas qu’elle soit intouchable. 

        Une démocratie peut parfaitement décider de modifier ses règles. 

        Mais elle doit alors parler vrai , qui paie, combien, pourquoi et pour combien de temps ? 

        Le véritable horizon ne devrait donc pas être « comment faire payer davantage les retraités ? », mais plutôt « comment construire un système soutenable sans organiser une guerre des générations ? ». 

        Car à force de chercher systématiquement le portefeuille le plus accessible, on finit par oublier une vieille règle de gestion , avant d’augmenter la facture, on peut aussi regarder la maison. 

        Et parfois, le plus surprenant n’est pas ce qu’elle coûte, mais tout ce qu’elle contient. 

        Finalement, tout va bien , pas de gaspillage, pas de gabegie, pas de doublons, pas de dépenses à interroger, juste un déficit qu’il faudrait demander aux retraités de résoudre. 

        Quel merveilleux hasard budgétaire.

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