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        🇬🇵 Guadeloupe : deux collectivités, une même question — qui paie, qui décide, qui répond ?



        La Guadeloupe débat une nouvelle fois de son avenir institutionnel. 

        Fusion de la Région et du Département, nouvelle organisation des compétences, meilleure utilisation de l'argent public , derrière les grandes déclarations, une question beaucoup plus terre à terre s'impose désormais , quand les institutions se multiplient, qui est finalement responsable lorsque rien n'avance ?

        La question n'est ni folklorique ni secondaire. 

        Elle touche directement au quotidien des Guadeloupéens. 

        L'eau manque encore régulièrement au robinet, les infrastructures vieillissent, les déplacements restent compliqués et les collectivités doivent composer avec des contraintes financières considérables.

         Dans le même temps, le débat institutionnel avance à coups de rapports, de congrès, d'auditions et de déclarations. 

        La République administrative possède décidément une étrange faculté , elle peut produire énormément de documents tout en donnant parfois au citoyen l'impression que le dossier, lui, n'a pas bougé d'un centimètre.

        Fusionner , économie réelle ou simple changement d'enseigne ?

        L'idée d'une collectivité unique, issue d'une fusion entre Région et Département, est désormais inscrite dans le débat institutionnel guadeloupéen. 

        Sur le papier, l'argument est simple , réduire les doublons, clarifier les responsabilités, coordonner les politiques publiques et éventuellement diminuer certains coûts de fonctionnement.

        Mais une fusion ne crée pas automatiquement des économies.

        Si demain deux administrations deviennent une seule sans supprimer les doublons, sans revoir les organismes satellites, sans simplifier les procédures et sans mesurer les résultats, la Guadeloupe pourrait découvrir une invention administrative particulièrement originale , la collectivité unique avec les dépenses multiples et au final rien ne change !

        La vraie question n'est donc pas : « Combien de collectivités voulons-nous ? »

        Elle est : « Combien coûte réellement notre système et combien coûtera le nouveau ? »

        Et surtout : « Quelles économies seront effectivement réalisées ? »

        Des chiffres précis, publics et vérifiables seraient ici beaucoup plus utiles qu'une bataille de déclarations politiques.

        L'eau : le grand révélateur

        Il existe pourtant un indicateur qui ne ment pas : le robinet.

        La Chambre régionale des comptes a documenté la persistance des « tours d'eau », devenus selon elle un mode de fonctionnement du service plutôt qu'une mesure exceptionnelle. 

        Dans un secteur des Abymes étudié pour avril et mai 2024, les coupures ont représenté plus de la moitié du temps observé, avec une part importante de coupures intervenant en dehors des horaires annoncés.

        Voilà un paradoxe qui mériterait presque une médaille administrative , planifier une coupure d'eau et réussir malgré tout à couper l'eau en dehors du planning.

        Mais derrière la satire, le problème est sérieux.

        Car l'eau n'est pas un dossier parmi d'autres. 

        C'est un service essentiel. 

        Lorsque le citoyen doit surveiller son robinet comme d'autres surveillent la météo, quelque chose ne fonctionne plus normalement.

        Ary Chalus : « ce n'est pas notre compétence », mais la Région paie quand même.

        Auditionné au Sénat en mai 2026, le président de Région Ary Chalus a expliqué que la Région et le Département n'étaient pas compétents directement en matière d'eau, tout en indiquant que ces collectivités avaient été intégrées au SMGEAG et que la dette cumulée du SIAEAG et du SMGEAG dépassait, selon son estimation, 100 millions d'euros. 

        Il a également évoqué les investissements régionaux dans les réseaux d'eau.

        Les sénateurs ont justement demandé davantage de précisions sur les 220 millions d'euros d'investissements avancés par la Région , sur quelle période, sous quelle forme et avec quelle consommation effective des crédits ? 

        Le compte rendu du Sénat relève également que les versions présentées par la Région, le préfet et le Département ne concordaient pas nécessairement sur certains éléments.

        C'est là que le journalisme doit faire son travail , ne pas choisir un camp, mais demander les pièces.

        Combien a été engagé ?
        Combien a été payé ?
        Pour quels travaux ?
        Quels résultats ?
        Quel reste à charge ?
        Quelle dette ?
        Quel calendrier ?

        Parce qu'en matière d'argent public, « nous avons beaucoup investi » n'est pas encore un bilan.

        Le bilan commence lorsque l'on peut mesurer ce que l'investissement a produit.

        Le grand jeu guadeloupéen , « À qui la faute ? »

        Le dossier de l'eau donne parfois l'impression d'une partie de ping-pong institutionnelle.

        La Région explique ses investissements.
        Le Département rappelle ses compétences.
        Le syndicat doit gérer le réseau.
        L'État intervient financièrement et réglementairement.
        Les intercommunalités ont leurs propres responsabilités.

        Et au milieu de cette partie, il y a un joueur que personne ne peut remplacer , le citoyen.

        Lui ne possède pas plusieurs compétences institutionnelles.

        Il possède simplement un compteur d'eau.

        Et une facture ou les frais exploses ,on payé plus de frais que de consommation .

        Subventions : aider, oui. Sans contrôle, non.

        Le même principe devrait s'appliquer aux subventions publiques.

        Il ne suffit pas de distribuer des aides. 

        Il faut pouvoir mesurer leur utilité.

        Une subvention publique devrait pouvoir répondre à quatre questions simples :

        Pourquoi ? 
        Combien ? 
        Pour quel résultat ? 
        Avec quel contrôle ?

        La transparence ne devrait pas être considérée comme une attaque contre les élus ou contre les associations. 

        Elle devrait être la règle normale d'une démocratie moderne.

        Et si une politique fonctionne, publier les résultats permet de le démontrer.

        Si elle échoue, cela permet de la corriger.

        Dans les deux cas, la transparence gagne.

        Corruption, détournements, favoritisme , attention aux mots, mais pas à la vigilance.

        Parler de corruption ou de détournement de fonds exige des faits établis. 

        Une accusation n'est pas une condamnation et un soupçon n'est pas une preuve.

        Mais l'exigence de contrôle n'en est que plus importante.

        Lorsque des sommes publiques considérables circulent, il faut des procédures transparentes, des contrôles indépendants et une traçabilité suffisamment claire pour que les citoyens puissent comprendre l'utilisation de leur argent.

        La démocratie ne consiste pas à croire aveuglément les élus.

        Elle ne consiste pas davantage à les accuser sans preuve.

        Elle consiste à pouvoir vérifier.

        Et les ambitions personnelles ?

        C'est probablement le sujet le plus délicat.

        Une réforme institutionnelle peut devenir un formidable outil de simplification. Elle peut aussi devenir une bataille de pouvoir.

        Qui présidera ?
        Qui conservera son influence ?
        Qui contrôlera les budgets ?
        Qui obtiendra les délégations ?
        Qui sera candidat ?
        Qui devra céder sa place ?

        Si ces questions prennent le dessus sur l'intérêt collectif, la réforme risque de devenir une opération de redistribution des fauteuils.

        Et les fauteuils, eux, ont une particularité remarquable : ils ne réparent ni les canalisations, ni les routes, ni les écoles.

        Cap Excellence, Région, Département : assez de territoires administratifs, assez de responsabilités floues

        La Guadeloupe n'a pas nécessairement besoin de supprimer toutes ses institutions. Elle a besoin de savoir qui fait quoi.

        La multiplicité des acteurs peut être justifiée par la proximité et la diversité des compétences. Mais lorsqu'un problème traverse plusieurs niveaux administratifs, la responsabilité devient parfois difficile à identifier.

        C'est précisément là que la réforme institutionnelle doit être jugée : non pas au nombre de bureaux supprimés, mais à sa capacité à raccourcir la chaîne de décision et à rendre le responsable identifiable.

        Un citoyen devrait pouvoir demander :

        « Qui est responsable de ce problème ? »

        et obtenir une réponse compréhensible sans devoir consulter trois codes administratifs, quatre délibérations et un spécialiste des collectivités territoriales.

        La Guadeloupe n'a pas besoin d'une nouvelle guerre des ego

        Le débat institutionnel mérite mieux qu'un règlement de comptes entre personnalités.

        Ary Chalus, Guy Losbar, les présidents d'intercommunalités, les maires et les autres responsables politiques ne sont que les acteurs d'un système plus ancien qu'eux.

        Les hommes passent.

        Les institutions restent.

        Les problèmes aussi, parfois.

        La véritable question devrait donc être : quelle architecture permettra demain de mieux gérer l'argent public, les infrastructures, l'eau, les transports, l'économie et les services essentiels ?

        Et surtout : comment empêcher qu'une nouvelle organisation reproduise les anciennes habitudes ?

        La réforme devra avoir un mode d'emploi

        Si la Guadeloupe choisit un jour la fusion Région-Département, elle devrait exiger avant tout un contrat public et chiffré :

        combien coûte le système actuel ; combien coûtera le nouveau ; quelles structures disparaîtront ; quels doublons seront supprimés ; quelles économies seront réalisées ; quels investissements seront prioritaires ; qui sera responsable ; et comment les citoyens contrôleront-ils les résultats ?

        Pas de slogan.

        Pas de promesse magique.

        Pas de grande cérémonie avec trois discours et quatre poignées de main.

        Des chiffres. Des objectifs. Des échéances. Des responsables. Des résultats.

        Car la Guadeloupe n'est pas un laboratoire institutionnel où l'on peut changer régulièrement les étiquettes et attendre que la réalité s'améliore par enchantement.

        Le vrai changement sera peut-être beaucoup moins spectaculaire

        Une collectivité unique pourrait simplifier certaines responsabilités. Elle pourrait aussi ne produire aucune économie substantielle si la réforme se limite à modifier l'organisation administrative.

        Tout dépendra donc de la méthode.

        Fusionner les institutions sans réformer la gouvernance serait insuffisant.

        Réformer la gouvernance sans contrôler l'argent public serait insuffisant.

        Contrôler l'argent public sans exiger des résultats serait insuffisant.

        Et pendant que les responsables débattent de leurs compétences respectives, le robinet, lui, continue parfois de pratiquer sa propre politique institutionnelle : il ne répond à personne.

        C'est peut-être là toute la leçon.

        La Guadeloupe ne demande pas forcément moins de politique. Elle demande une politique capable de produire davantage de résultats.

        Elle ne demande pas forcément moins d'élus. Elle demande des responsabilités plus lisibles.

        Elle ne demande pas forcément moins de dépenses. Elle demande de savoir où va son argent.

        Et surtout, elle ne demande pas une nouvelle bataille de personnes.

        Elle demande qu'à la fin du débat, quelque chose avance enfin.

        Parce qu'une collectivité peut changer de nom, de logo, de président et d'organigramme.

        Mais si le citoyen ouvre toujours le robinet et entend seulement le silence, la réforme sera passée et le problème sera resté.

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        1 Commentaires

        1. L’octroi de mer dérange, parce qu’une question simple mérite une réponse simple , qui paie réellement l’octroi de mer ?

          Au final, ce sont les consommateurs guadeloupéens qui en supportent une grande partie du coût, directement ou indirectement, à travers les prix des produits.

          Dans un territoire déjà confronté à une vie chère, cette fiscalité mérite donc un débat transparent, chiffres à l’appui, sans détour ni discours politique.

          Monsieur Chalus, les Guadeloupéens sont en droit d’attendre de vous des explications claires, précises et franches sur le fonctionnement de l’octroi de mer, son impact sur les prix et l’utilisation des recettes.

          Dire que cette taxe existe ne suffit pas , il faut expliquer qui la paie, combien elle rapporte, qui en bénéficie et quel est son véritable impact sur le pouvoir d’achat.

          La question n’est pas de désigner un bouc émissaire, mais de regarder la réalité en face.

          Car lorsque le prix monte à la caisse, ce n’est pas une abstraction fiscale qui sort le portefeuille ,c’est le consommateur.

          Et en Guadeloupe, cette question mérite enfin d’être posée sans tabou.

          La transparence ne devrait jamais être une option.

          🌴 Transports en Guadeloupe ,

          peut-on vraiment parler d’amélioration ?

          🚍 Les usagers de la C.G.T.S Transports font face à une situation qui interroge , horaires annoncés mais pas toujours respectés, bus qui passent certains jours et semblent disparaître d’autres jours.

          Pour l’usager, le résultat est simple : il devient difficile de prévoir son trajet et d’organiser sa journée.

          Alors, comment peut-on affirmer que les choses s’améliorent lorsque la régularité du service reste aussi incertaine ?

          À l’inverse, Karulis semble offrir davantage de repères en matière de régularité, le ressenti exprimé par certains usagers.

          Et depuis la mise en service depuis Prise d’Eau, une question mérite d’être posée : est-il normal qu’il soit parfois plus facile de rejoindre Baie-Mahault depuis Le Lamentin prise d'eau que pour aller au centre du Lamentin pourtant plus proches ?

          Un réseau de transport public devrait avant tout permettre aux habitants de se déplacer avec des horaires lisibles, réguliers et fiables.

          Derrière chaque retard ou chaque bus absent, il y a pourtant un salarié, un étudiant, un parent, un rendez-vous ou simplement quelqu’un qui attend au bord de la route.

          🚍 L’amélioration d’un réseau ne se mesure pas seulement aux annonces , elle se mesure surtout à ce que vit l’usager.

          La question reste donc ouverte : où sont réellement les améliorations ?

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