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        Réformer l’État avant de faire payer les retraités : la grande question que personne ne veut vraiment poser



        Le monde contemporain découvre parfois une étrange loi budgétaire , plus la machine devient lourde, plus on explique au citoyen qu’il doit courir davantage. 

        Derrière les tableaux comptables et les discours de rigueur, une question mérite pourtant d’être posée sans caricaturer les agents publics ni transformer les retraités en boucs émissaires , pourquoi demander d’abord un nouvel effort à ceux qui ont déjà travaillé et cotisé, lorsque l’organisation même de l’État peut encore être interrogée ?

        Faire contribuer davantage les retraités peut apparaître, dans un débat budgétaire, comme une solution simple. 

        Mais une politique publique sérieuse ne devrait jamais commencer par la solution la plus facile à appliquer , elle devrait commencer par examiner l’ensemble des dépenses, leur utilité et leur efficacité. 

        La question n’est donc pas de désigner les fonctionnaires comme responsables des déficits. 

        Ce serait aussi injuste que simpliste. 

        Des millions d’agents assurent chaque jour des missions essentielles , enseignement, santé, sécurité, justice, administration, entretien des infrastructures. 

        Le problème se situe ailleurs , dans l’empilement administratif, les compétences qui se chevauchent, les structures dont la pertinence n’est plus évaluée, les procédures qui se reproduisent et les dépenses publiques dont personne ne semble véritablement responsable une fois qu’elles sont installées. 

        Un État peut être puissant sans être obèse , il peut être protecteur sans être bureaucratiquement hypertrophié. 

        La France dispose d’un nombre considérable de niveaux d’administration et de structures publiques.

         Communes, intercommunalités, départements, régions, État, agences, établissements publics , cette architecture peut répondre à des besoins réels, mais elle devient coûteuse lorsqu’elle produit des doublons ou rend les responsabilités illisibles. 

        À cela s’ajoutent les subventions versées aux associations et organismes divers. 

        Là encore, le sujet ne devrait pas être de condamner le monde associatif, indispensable dans de nombreux territoires, mais de poser une règle élémentaire , une subvention publique doit pouvoir être justifiée par une mission, un objectif et une évaluation. 

        Lorsqu'une dépense devient automatique simplement parce qu'elle existe depuis dix ans, vingt ans ou davantage, elle cesse progressivement d'être une décision pour devenir une habitude. 

        Et les habitudes administratives ont une étonnante longévité , elles survivent parfois à ceux qui les ont créées. 

        La même logique doit s'appliquer aux structures publiques. 

        Avant de supprimer un service utile, il faut examiner les doublons , avant de réduire les moyens humains sur le terrain, il faut regarder les fonctions administratives qui peuvent être mutualisées , avant d’augmenter les prélèvements, il faut identifier les dépenses qui peuvent réellement disparaître. 

        La réforme de l’État ne devrait pas être une chasse aux fonctionnaires, mais une chasse au gaspillage.

         C’est une différence fondamentale. 

        Un agent public qui soigne, enseigne, protège ou instruit n’est pas un gaspillage. 

        Une organisation inutile, une procédure redondante ou une structure sans résultat mesurable peuvent, elles, être interrogées sans état d’âme. 

        Le débat mérite également de sortir d’un vieux réflexe politique , lorsqu’une dépense publique augmente, on cherche souvent immédiatement une nouvelle recette. 

        Or augmenter les recettes ne remplace pas une réforme structurelle. 

        Une famille qui dépense trop ne règle pas durablement son problème en augmentant simplement ses revenus , elle doit aussi regarder ses dépenses. 

        Pour l’État, la logique devrait être identique. 

        Avant de demander aux retraités, aux actifs ou aux entreprises un nouvel effort, pourquoi ne pas présenter publiquement la facture complète de l’organisation administrative et expliquer ce qui a été supprimé, fusionné, simplifié ou évalué ? 

        Ce serait moins spectaculaire qu’une nouvelle taxe, mais probablement beaucoup plus courageux. 

        La satire devient alors presque inutile , il suffit de regarder le mille-feuille administratif. 

        Chaque couche possède généralement une raison historique d’exister. 

        Le problème apparaît lorsque plus personne ne sait quelle couche pourrait disparaître sans que le gâteau s’effondre. 

        😏 Le véritable enjeu n’est donc pas de dresser les retraités contre les fonctionnaires, le public contre le privé ou les générations les unes contre les autres.

         L’enjeu est de savoir si chaque euro prélevé sur les citoyens produit encore un service public utile, mesurable et compréhensible. 

        Si la réponse est oui, il faut l’assumer et le financer.

         Si la réponse est non, il faut avoir le courage de réformer. 

        La France n’a pas nécessairement besoin d’un État plus petit à tout prix , elle a besoin d’un État plus lisible, plus efficace et capable de distinguer l’indispensable du superflu. 

        Faire maigrir le citoyen pour préserver le mammouth administratif ne serait pas une réforme. 

        Ce serait simplement changer de taille de ceinture.

         La vraie question devrait être posée clairement , avant de faire payer davantage ceux qui ont déjà contribué, qu’avons-nous réellement fait pour rendre l’État moins coûteux, moins complexe et plus efficace ?


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