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        Kenscoff (Haïti) : Après l’opération policière, José Joseph refuse de parler de « victoire »



        KENSCOFF — Au lendemain de l’opération menée par les forces de l’ordre, l’atmosphère à Kenscoff reste suspendue entre soulagement et prudence.

         Certaines zones longtemps contrôlées par des groupes armés auraient été reprises après près de vingt mois d’emprise. 

        Mais pour José Joseph, professeur et habitant profondément marqué par les violences, le mot « victoire » semble encore bien lourd à porter.

        Sur le terrain, une reconquête qui ne suffit pas.

        Les forces de sécurité ont repris position dans plusieurs secteurs présentés comme ayant été sous le contrôle des gangs. 

        Une avancée importante pour une population qui a vécu pendant des mois avec la peur comme voisine de palier. 

        Mais reprendre un territoire est une chose , y maintenir durablement l’autorité de l’État en est une autre.

        C’est précisément sur ce point que José Joseph veut attirer l’attention.

        Pour lui, cette opération constitue « un pas dans la bonne direction », mais elle ne saurait effacer les mois d’abandon, les violences et les pertes humaines. 

        La prudence du professeur est d’autant plus compréhensible qu’il porte lui-même les traces de cette crise , plusieurs membres de sa famille ont perdu la vie dans le contexte des violences.

        « Pas une victoire » , le poids des familles endeuillées.

        Dans son intervention, José Joseph refuse donc de transformer une opération sécuritaire en cérémonie de triomphe.

        Son message est plus grave , les habitants ont besoin de sécurité, pas seulement d’une intervention ponctuelle.

        Car derrière les cartes militaires et les zones « reprises », il y a des familles déplacées, des maisons abandonnées, des activités interrompues et des morts dont les proches attendent encore des réponses.

        À Kenscoff, la population connaît désormais la musique. 

        Une opération arrive, les armes se taisent parfois, les autorités communiquent, puis la vie reprend, jusqu’à ce que les groupes armés réapparaissent.

        Le véritable défi est donc d’éviter le remake.

        Vingt mois d’attente : pourquoi maintenant ?

        C’est l’une des questions qui traversent le témoignage de José Joseph.

        Si certaines zones pouvaient être reprises aujourd’hui, pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

        Cette interrogation ne vise pas uniquement les policiers engagés dans l’opération.

         Elle renvoie à la responsabilité plus large des institutions publiques et à leur capacité à maintenir une présence effective dans les territoires menacés.

        Pendant près de vingt mois, l’insécurité a progressivement installé une autre forme de pouvoir , celui des hommes armés capables de décider qui circule, qui travaille, qui reste et qui part.

        Dans ce contexte, l’absence de l’État ne constitue jamais un simple vide administratif. Le vide, lui, finit toujours par être occupé.

        Après les armes, la question de la permanence.

        Pour José Joseph, l’enjeu dépasse désormais l’opération militaire ou policière.

        Il réclame une présence sécuritaire durable à Kenscoff.

        Cette demande pose la question centrale de l’après-opération , les forces de l’ordre resteront-elles suffisamment longtemps pour consolider les zones reprises ? 

        Les populations pourront-elles retrouver leurs activités ? 

        Les infrastructures seront-elles protégées ? 

        Et surtout, les groupes armés pourront-ils reprendre progressivement le terrain ?

        Car une reconquête sans consolidation peut rapidement devenir une parenthèse.

        Kenscoff ne demande pas seulement une victoire, mais une normalité.

        Dans les rues de la commune, le mot « victoire » peut sembler bien abstrait à ceux qui ont perdu un proche.

        Une victoire, pour une famille, ce serait peut-être simplement que les enfants puissent retourner à l’école sans escorte. 

        Que les agriculteurs puissent rejoindre leurs terres.

         Que les habitants puissent circuler sans demander quelle faction contrôle la route. 

        Que la nuit redevienne,une nuit.

        José Joseph invite ainsi à regarder au-delà des images spectaculaires de l’opération.

        Reprendre Kenscoff est une étape. 

        Garder Kenscoff sera le véritable test.

        Et c’est peut-être là toute l’ironie de cette histoire , dans un pays où les communiqués peuvent annoncer rapidement une victoire, la population, elle, demande quelque chose de beaucoup moins spectaculaire , que demain ressemble enfin à demain.


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        1 Commentaires

        1. L’opération policière a permis de reprendre certaines zones de Kenscoff.

          C’est un fait qui mérite d’être souligné.

          Mais une question beaucoup plus importante commence maintenant , *qui restera sur place demain ? *

          Parce qu’un territoire ne se sécurise pas uniquement le jour où les forces de l’ordre arrivent.

          Il se sécurise aussi le lendemain, la semaine suivante, le mois suivant.

          Une présence sécuritaire permanente, c’est empêcher que les zones reprises redeviennent progressivement des territoires abandonnés.

          Sinon, le scénario risque d’être toujours le même ,opération, communiqué, applaudissements, puis retour des problèmes.

          À force, même les murs finissent par connaître le refrain.

          Mais la sécurité seule ne suffira pas.

          Kenscoff doit aussi reconstruire.

          Les écoles doivent fonctionner, les routes être praticables, les familles pouvoir travailler, les agriculteurs rejoindre leurs terres, les commerces rouvrir et les services publics retrouver leur place.

          Car si l’État revient uniquement avec des armes, mais sans école, sans administration, sans infrastructures et sans perspectives économiques, il risque de gagner un territoire sans réellement gagner la paix.

          Sécurité et reconstruction doivent donc avancer ensemble.

          La police doit sécuriser.

          L’État doit administrer.

          Les services publics doivent revenir.

          La population doit pouvoir reprendre sa vie.

          Et surtout, il faut éviter cette vieille tentation de confondre une opération réussie avec un problème définitivement réglé.

          À Kenscoff, la véritable victoire ne sera pas le jour où l’on annoncera que des zones ont été reprises.

          Elle commencera lorsque les habitants n’auront plus besoin de demander qui contrôle leur quartier.

          Parce qu’une présence sécuritaire durable protège le territoire, mais une reconstruction durable ,redonne un avenir à ceux qui y vivent.

          Kenscoff ne demande pas seulement qu’on chasse la peur.

          Il faut aussi donner aux habitants des raisons de croire que demain sera différent d’hier. hand-pink-waving

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