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Source : Hub'Eau / Saur Guadeloupe - la Carte de la qualité de l'eau en Guadeloupe
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        Guadeloupe : un « Plan Marshall » pour l’eau, mais qui va enfin regarder la facture ?



        La Guadeloupe manque d’eau au robinet, mais pas de questions. 

        Alors que la CARL réclame une nouvelle fois un véritable « Plan Marshall de l’eau » et appelle l’État à mobiliser des financements exceptionnels pour reconstruire un réseau devenu structurellement défaillant, une autre question mérite d’être posée , combien le Guadeloupéen paie-t-il réellement pour l’eau qu’il consomme et combien paie-t-il pour tout le reste ?

        Le paradoxe est presque caricatural , des habitants peuvent subir des coupures, remplir des bassines, acheter des bouteilles et attendre le retour du précieux liquide, tandis que la facture, elle, continue son petit bonhomme de chemin. 

        La situation du réseau est connue , selon les données présentées en juin 2026, seule une partie de l’eau produite arrive effectivement aux usagers, le reste étant perdu dans des infrastructures vieillissantes.

        Mais voilà que surgit une question citoyenne, beaucoup moins confortable , pourquoi la facture peut-elle comporter une part fixe importante alors que la consommation réelle est faible ?

        Attention toutefois à ne pas faire dire à la facture ce qu’elle ne dit pas. 

        SAUR Guadeloupe n’invente pas seule la tarification.

         L’entreprise explique elle-même que la facture comprend généralement une part abonnement, une part liée à la consommation et des redevances versées à des organismes publics. 

        Elle précise également que le tarif est décidé par la collectivité compétente.

        Autrement dit, lorsqu’un Guadeloupéen constate qu’il paie davantage en frais fixes qu’en eau effectivement consommée, la bonne question n’est pas simplement « pourquoi SAUR me facture-t-elle cela ? ». 

        La question devient beaucoup plus large , qui fixe ces montants, qui les encaisse, quelle part revient à l’exploitant, quelle part revient à la collectivité, quelle part correspond à l’assainissement, quelles redevances sont reversées aux organismes publics et surtout, quel service est réellement rendu en contrepartie ?

        Car une facture d’eau n’est pas uniquement une facture de mètres cubes. 

        La réglementation distingue notamment l’abonnement, qui constitue la partie fixe, et la consommation, qui correspond à la partie variable calculée selon le volume consommé.

        Et c’est précisément là que le débat devient intéressant.

        Payer un abonnement pour maintenir un réseau, financer des infrastructures, assurer la disponibilité du service et entretenir les équipements peut être parfaitement normal. 

        Mais lorsque le service public connaît des coupures répétées, des pertes massives sur le réseau et des investissements insuffisants depuis des années, le citoyen est en droit de demander , où va chaque euro ?

        Parce que demander un « Plan Marshall » est une chose. 

        Demander un audit lisible de la facture en est une autre.

        La CARL demande aujourd’hui un financement national exceptionnel, un emprunt structurant, une gouvernance stable et la préservation des finances locales. 

        Cette demande peut se comprendre au regard de l’état du réseau. 

        Mais un véritable plan de reconstruction devrait également comporter un volet essentiel , la transparence financière totale du prix de l’eau.

        Combien coûte réellement la production d’un mètre cube ? 

        Combien coûte son traitement ? 

        Combien coûte son transport ? 

        Combien coûte l’entretien ? 

        Combien coûte l’assainissement ? 

        Quelle est la part des abonnements ? 

        Quelle est la part des redevances ? 

        Quelle est la rémunération du délégataire ? 

        Combien est consacré chaque année au renouvellement des canalisations ? 

        Et surtout , combien d’argent public a déjà été injecté dans un système qui continue à perdre une quantité considérable d’eau avant même qu’elle n’arrive au robinet ?

        Voilà peut-être le véritable robinet qu’il faudrait ouvrir , celui des comptes.

        Car le contribuable pourrait finir par avoir une drôle d'impression , il paie pour produire l’eau, il paie pour la distribuer, il paie pour l’assainir, il paie parfois pour acheter de l’eau en bouteille lorsque le réseau ne fonctionne pas et il faudrait maintenant encore payer pour reconstruire le réseau.

        À ce rythme, l’eau risque de devenir le seul produit que l’on paie plusieurs fois avant même de pouvoir le boire.

        La réforme des redevances entrée en vigueur en 2025 a d’ailleurs ajouté ou modifié plusieurs composantes sur les factures, notamment la redevance sur la consommation d’eau potable et la redevance liée à la performance des réseaux, cette dernière pouvant être répercutée aux usagers.

        La question n’est donc pas de désigner un coupable à la légère. 

        Elle est beaucoup plus simple et beaucoup plus démocratique , si l’on demande demain des centaines de millions d’euros pour sauver le système de l’eau en Guadeloupe, les citoyens doivent pouvoir connaître précisément l’utilisation de chaque euro déjà payé.

        Un « Plan Marshall » sans transparence serait une reconstruction à moitié aveugle.

        Un « Plan Marshall » accompagné d’un audit public des contrats, des tarifs, des abonnements, des redevances, des investissements, des pertes du réseau et des rémunérations des opérateurs pourrait, lui, restaurer quelque chose que les canalisations ont fini par perdre , la confiance.

        Et peut-être faudrait-il commencer par une règle toute simple , pas seulement combien coûte l’eau, mais combien coûte le système qui prétend nous l’apporter.

        Parce qu’en Guadeloupe, le problème n’est manifestement plus seulement de faire couler l’eau.

        Il faut aussi faire couler l’information.

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